Tribune #1 - La France est devenue Gotham City - mais sans Batman
Tribune de Dimitri Doussot, Sénateur de la Haute-Saône
La France est devenue "Gotham City",
mais sans Batman !
En philosophie politique classique, la raison d'être d'un Etat est d'assurer la sécurité de ses ressortissants. Contrairement à un lieu commun erroné et malheureusement trop souvent assené, la sécurité n'est pas la première des libertés. Elle est leur condition première. Sans sécurité, il n'y a pas de liberté.
Samedi dernier, une fois de plus, l’État n'a pas accompli sa mission. Il n'a pas protégé les commerçants, qui ont vu leur outil de travail et le fruit de plusieurs années - voire de décennies - de travail pillés et massacrés. Il n'a pas défendu les mairies, les maisons communes de tous les Français qui incarnent la République sur l'intégralité du territoire national. Il n'a pas assuré la sécurité des Français.
A la vue des images diffusées par les médias, les spectateurs ont pu avoir l'impression de regarder le dernier film de la trilogie de Batman, réalisée par Christopher Nolan durant les années 2000. Les scènes de chaos étaient similaires, mais avec des différences notables au-delà de l'ultraviolence.
Samedi dernier, il ne s'agissait pas d'une fiction et la réalité l'a de très loin dépassée. Les scènes ne se déroulaient pas dans la ville fictive de Gotham City, bien connue des amateurs de la culture comics, mais à Paris, à Marseille, à Limoges, à Besançon... Plus grave encore, il n'y a pas eu de Batman pour y mettre fin et rétablir l'ordre républicain. La preuve que, contrairement au cinéma, la vie ne finit pas toujours bien.
Les rassemblements d'élus locaux et de citoyens lundi dernier sont compréhensibles et légitimes. Ils démontrent l'attachement d'une majorité silencieuse de Français, les "honnêtes gens" ou les "gens normaux", à la paix publique. Cependant, j'ai la profonde conviction que la France en matière d'ordre public - comme dans tous les autres finalement - n'a pas besoin de commémoration ou plus globalement de communication. Plus que jamais, elle a besoin d'actes.
D'aussi loin que je me souvienne, à chaque évènement tragique que notre pays connaît, des commémorations spontanées ou initiées sont organisées. Depuis les attentats de janvier 2015, elles sont même devenues une réponse fréquente, trop fréquente à mon goût. A défaut d'actions, elles n'ont rien changé. Intuitivement, les Français le sentent bien.
Les forces de l'ordre font un travail remarquable, avec les moyens qui sont les leurs et le cadre juridique qui leur est applicable. Je serai toujours de leur côté, avec eux, et leur apporterai toujours un soutien absolu. Cependant, la doctrine qui commande leurs interventions doit être absolument durcie pour faire face aux violences urbaines, qui excèdent de très loin la question du maintien de l'ordre et du droit à manifester, que personne ne conteste. Plus encore, ceux qui les commandent doivent être solides, faire preuve d'une absolue verticalité et surtout ne pas avoir la main qui tremble.
Pour paraphraser Charles Pasqua, la France doit terroriser ceux qui veulent la faire sombrer. La République doit assumer son rôle et utiliser la "violence légitime" dont elle a le monopole, selon l'expression du sociologue Max Weber. Elle est le fondement même de son existence. A défaut, elle perdra son essence au risque que les Français touchés par ces dramatiques évènements se trouvent dans l'obligation de se défendre individuellement. Qui pourrait sérieusement leur reprocher ? Le développement constant des polices municipales et des sociétés de sécurité privée témoigne, d'une certaine manière, d'un Etat omnipotent devenu impotent sur l'essentiel. Quand l'Etat est absent sur ces missions premières, la société s'organise pour compenser. C'est le retour à l'état de nature, pour ne pas dire à l'état sauvage.